Vendredi 6 Janvier 2012 : Yann Moix est-il un bon critique littéraire ?

17h57

C’est en écoutant l’émission de Ruquier sur Europe 1 ce soir, que l’idée de ce billet s’est formée… une idée construite sur une certaine exaspération qui me prend chaque vendredi en écoutant Yann Moix se pavaner, se délecter de ses propres mots face à l’équipe de Ruquier (à quelques rares exceptions près) en totale admiration ! Et moi, à chaque fois, je m’énerve ! Et quand je m’énerve, j’ai besoin d’en parler.

Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais depuis quelques temps, à la télé (Entrée Libre sur France 5et à la Radio (cf. plus haut), les écrivains ne viennent plus pour parler de leur propre livre mais pour parler des livres des autres, ils deviennent des critiques littéraires. Cela n’est pas vraiment nouveau, j’en conviens, mais le phénomène semble se répandre. Certes Balzac écrivit sur Stendhal, Sand sur Dumas père et fils et j’en passe. Certes un auteur est censé lire beaucoup, mais ce qui m’ennuie c’est que dans cet exercice nouveau car médiatique et destiné à la masse (terme employé en communication et qui n’a rien de péjoratif), j’ai plus l’impression que ces auteurs font un numéro durant leur critique et c’est d’autant plus vrai avec mon nouveau copain Yann Moix. Pour avoir surtout entendu les critiques de Yann Moix, je centrerai mes remarques sur ce dernier, assez représentatif de ce qui m’horripile dans ce nouvel exercice médiatique.

Il faut prendre en compte le contexte de l’émission de Ruquier. La bande à Ruquier, comme on dit, est composée de personnes venant de plusieurs horizons : des humoristes (pour une grande part), un ancien de Loft Story, des actrices et j’en passe. Le maître mot est « Rire » et « bonne humeur » comme l’explique l’intitulé de l’émission sur le site d’Europe 1, ne pas se prendre au sérieux et le manque de culture est plus vue comme un atout que comme un handicap, pour la première raison qu’il fait rire : Steevy Boulay par exemple est souvent raillé pour ses bourdes et ses lacunes, tout comme Gérard Miller est le chiant de la bande, car perçu comme intello. La culture est donc souvent quelque peu dénigrée, car, il faut bien le dire, il ne faut pas faire intello, et la culture les emmerde, pour être poli, du moins pour la majorité. Disons que l’absence de culture est revendiquée, et certains chroniqueurs comme Bénichou, Sarraute ou encore Gérard Miller se désespèrent souvent en constatant l’ignorance crasse des autres.

Le vendredi soir est le jour de la critique d’un livre. Généralement trois personnes lisent le même livre et donnent leur avis. Depuis la rentrée de septembre Yann Moix intervient donc ce jour-là. Isabelle Motrot participe aussi à ce rendez-vous du vendredi. Le troisième larron quant à lui est changeant : Christine Bravo, Caroline Diamant ou, comme ce soir Bigard, qui a eu cette phrase culte : « je préfère lire des livres utiles » (????). Ce trio est cependant assez intelligemment  constitué car il réunit : un auteur, une journaliste littéraire et un lecteur naïf.

Bref. Si j’apprécie souvent la critique d’Isabelle Motrot (même quand je ne suis pas de son avis), celle de Yann Moix, vous l’aurez compris, m’insupporte. Alors pourquoi ?

Dans le contexte que j’ai décrit plus haut, j’ai oublié de signaler que souvent, les chroniqueurs ne sont pas tendres, et que la vanne vacharde est de mise (ou « joutes verbales »). Yann Moix respecte alors cet impératif ! oh la la comme il est méchant Yann Moix avec ses pairs !!! et qu’est-ce qu’on se marre… ainsi Martinez est nulle et n’a rien compris aux emmurées, elle donne un prénom importable à son héroïne, les romans sont dits « médiocres », « nuls », « mal écrits » et j’en passe. Une fois cela dit, Yann Moix lit de longs extraits à toute vitesse pour appuyer ses dires. En gros tout est nul ou presque, d’après Yann Moix.

Et là vous allez me dire : mais de quoi se plaint-elle puisqu’elle aime les critiques négatives ? Si je me plains ou plutôt m’énerve, c’est que Yann Moix tombe précisément dans le piège. Il fanfaronne, fait de bons mots, est vachard à souhait, et comme au royaume des aveugles les borgnes sont rois, tout le monde applaudit ! Bref c’est tout sauf une critique négative constructrive ! c’est méchant, souvent de mauvaise foi et très très énervant, mais peut-être est-ce le but ! Et surtout c’est contre-productif, car trop excessif. Alors oui, face à des personnes qui lisent un livre par an, voire un peu plus, il peut faire illusion, et puis, vous comprenez c’est un auteur donc il sait de quoi il parle. Mais descendre un auteur ou un livre en flèche, tout le monde peut le faire, accumuler les adjectifs hyperboliques (positifs comme négatifs) ce n’est pas bien difficile… manque le fond. Quand on me dit : « c’est nul », on ne m’a rien dit. Etre auteur ne justifie pas tout, et un peu de tempérance, un peu moins de vanité seraient les bienvenues. Peut-être que pour être un bon critique, il faut déjà être un bon auteur, car comme le disait Philippe Destouches : « la critique est aisée, mais l’art est difficile » !

Je vous conseille de lire le cours très intéressant que j’ai déniché en faisant quelques recherches, et qui fait le point sur les différentes sortes de critiques littéraires!)

30 réflexions au sujet de « Vendredi 6 Janvier 2012 : Yann Moix est-il un bon critique littéraire ? »

  1. C’est marrant parce que je l’ai entendu cet après-midi et j’ai trouvé que ce qu’il disait n’avait ni queue ni tête! J’ai trouvé qu’il s’écoutait parler et que c’était sans intérêt mais personne pour lui demander ce qu’il voulait dire! Mais comme je ne le connais pas je ne savais pas qu’il était comme ça tout le temps 😉

  2. Être méchant n’est jamais d’être difficile, être pertinent, oui. Je ne sais pas comment il peut critiquer et écrire, car même pour écrire les articles de mon blog, lire les avis des autres a tendance à me paralyser.

  3. rah Ruquier et toute sa clique me sortent par les yeux je ne les supporte pas ! et ce genre de pseudo auteur assez méritant pour critiquer la plume des autres…grrrr ! je pense que tu as arrivé à m’énerver comme si j’avais entendu cette émission sur la route !
    je ne les écoute pas ma lecture en reste préservée…

  4. Je crois que ça me dérange un peu qu’un auteur casse le travail des autres auteurs. Okay, tout le monde peut donner son avis… mais de là à « casser ».
    Qui est-il pour se permettre ça?
    (J’ai lu Yann Moix, et à vrai dire, à part Podium, les autres m’ont un peu lourdée).
    Enfin, de toute façon, je n’aime pas du tout les émissions de Ruquier (et encore moins Europe 1… mais ça c’est une « petite Madeleine »… quand on partait en vacances en France, c’est ce qui passait à la radio. Le son était assez pourrite (les années 80! 😉 ) et, je pense que j’étais malade en voiture à cette époque… donc maintenant quand j’entends le Jingle d’Europe 1… burps… ça me file la nausée 😉 )

    • Moi j’avais lu « Anissa Corto » (j’ai dû aller sur Wikipédia pour me souvenir du titre, c’est dire s’il m’a marqué!) ! Que les auteurs parlent de littérature ça peut se concevoir dans un cercle de lecteurs, car il y a la possibilité de répondre, de créer un débat, mais là la parole de Moix est parole d’évangile, et personne ne se permet de l’envoyer bouler donc il en profite !
      Pour Europe 1, je suis désolée d’avoir évoqué de mauvais souvenirs !!! 😉

  5. Je n’écoute pas cette émission, c’est vrai que je préfère écouter parler les auteurs et j’aime encore plus quand ils parlent de leur lecture assez spontanément. Avant de passer te lire, j’ai lu cet article sur le net concernant les animateurs et la manière dont s’effectue les chroniques littéraires dans les émissions de TV, bonne lecture !
    http://www.marianne2.fr/Les-coulisses-des-emissions-litteraires_a214052.html

    J’écoute souvent les émission en podcasts, ca me permet de zapper quand les débats ne m’interessent pas, L’humeur vagabonde ..

  6. “la critique est aisée, mais l’art est difficile”

    Hé hé… il m’arrive de soutenir le contraire! Tant les artistes se sentent hyper-libres de faire tout ce qu’ils veulent (y compris du lamentable: sur un malentendu, ça peut marcher) alors que la critique exige, impérativement, la recherche d’un argument – comme tu le relèves – et requiert, éventuellement, de ménager la susceptibilité de celui dont on parle.

    J’en parlais en 2008 – ça ne nous rajeunit pas: http://fattorius.over-blog.com/article-23009387.html

  7. Et concernant Yann Moix, disons que comme il a un petit contentieux avec mon pays, qui se traduit en des termes malvenus et peu amènes sous sa plume (cf. son livre « La Meute »), disons que je ne suis plus guère ce qu’il fait.

  8. Je n’écoute pas cette émission mais il m’est arrivé d’entendre Yann Moix ailleurs, en d’autres occasions, il n’est pas vraiment humble de nature et si l’on devait appliquer à la lettre « la critique » littéraire » telle que expliquée dans le texte où nous renvoie ton lien, peu seraient à même de critiquer une oeuvre… En sachant que dès qu’on en parle, on émet un jugement quel qu »il soit ! La critique « objective » est un art autant que ce qui s’appelle « art » par définition ! Je pense que favorable ou pas, la critique doit être avant tout argumentée pour rester crédible… Quant à la bande à Ruquier, ça fait longtemps qu’ils se repaissent de leurs propres vannes et vivre en vase clos nuit au renouvellement du genre ! Maintenant tout dépend de ce que l’on en attend…

  9. J’ai bien aimé Podium, en revanche Yann Moix est absolument insupportable! J’ai des amis dans l’édition qui sont amené à travailler avec lui et il paraît que c’est vraiment insupportable!

  10. Yann Moix est jaloux parce que depuis son Goncourt en 1996, il n’a plus qu’été sélectionné pour des prix mais ce n’est pas lui qui les a remportés.
    Son dernier prix est le Gérard du plus mauvais film et son Goncourt était celui du meilleur premier roman. Or Martinez a eu le Goncourt des Lycées et puis c’est une femme. On privilégie toujours ce sexe pour taper sur un auteur ou quelqu’un de médiatisé.
    Il doit d’ailleurs être bien misogyne en tant que signataire de la pétition en faveur de Polanski et pour avoir traité la Suisse de « pute »….

  11. C’est toujours un peu facile de casser les auteurs en faisant des traits d’humour, en plus si la personne avait le malheur de répondre on dirait qu’elle ne supporte pas la critique. Après, je pourrais ajouter que Yann Moix est mal placé pour parler de bonne littérature mais ce serais rentrer dans le genre d’humour qu’il pratique 😉

  12. Ben moi j’suis deja tombé sur des critiques positives de ce bon M Moix, il faut en écouter plusieurs d’émissions avant de pondre un papier aussi inutile que les critiques de Yann Moix, car ce que tu lui reproches tu ne te l’appliques pas à toi même. Pourquoi ce jugement definitif et à l’emporte piéce sur les capacitées intellectuelles de l’équipe à Ruquier ?
    Effectivement à part Guy Carlier les chroniqueurs ne s’oppose pas vraiment à Moix mais chaque auditeurs est assez grands pour se faire son idée en consultant d’autres critiques ou en lisant des extraits du bouquin.
    Salut JP

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