Samedi 10 Décembre 2011 : Blog et Sociologie

18h53

Vendredi matin j’avais rendez-vous avec une jeune femme, docteure en sociologie. Elle m’avait contactée il y a un peu moins d’un mois dans le cadre d’un appel d’offre lancé par le ministère de la Culture qui s’interroge, entre autre, sur les blogs de lecture. Il va de soi que j’ai répondu positivement à cette demande d’entretien, et c’est ainsi que vendredi matin je me suis retrouvée dans un café à papoter pendant 3 heures sur les blogs.

Les questions étaient très variées, allant de mon propre parcours, de la raison d’ouverture de mon blog, des relations entre blogueurs, des relations entre blogueurs et maison d’édition, auteurs et j’en passe, aux modes de fonctionnement, au classement wikio/ebuzzing, en passant par les challenges, Facebook, les pseudos, l’âge des blogueurs, les amitiés créées etc. etc. L’entretien était bien construit et j’ai trouvé cet échange particulièrement intéressant car il faisait écho à plusieurs réflexions que j’ai pu mener ici même.

Etant intarissable sur la question, l’entretien qui ne devait durer qu’une heure et demi a finalement duré, comme je le disais plus haut, trois heures.

Se pose alors toujours la question de l’influence des blogs sur le monde de l’édition et sur les achats en librairie. La personne qui a mené l’entretien devait d’ailleurs interroger des maisons d’édition pour compléter son étude. Peut-être cela permettra-t-il d’avoir une réponse, ou un commencement de réponse notamment sur la raison des services presse que certaines maisons d’édition veulent bien nous envoyer.

Aujourd’hui j’ai lu avec attention un billet intéressant publié sur le blog Livrogne, et qui rejoint, sur certains points l’entretien fait avec la sociologue. En effet Noann regrette le peu de retour de la part des maisons d’édition et des auteurs sur les billets publiés sur son blog de lecture qui a pourtant une grand nombre de visiteurs et de visualisations. Ce manque de retour, et donc, en quelque sorte, de reconnaissance, entraîne, semble-t-il, chez Noann, un certain découragement. Je vous invite à lire son billet.

Lors de l’entretien, nous avons en effet évoqué le problème de crédibilité que les blogueurs peuvent avoir vis-à-vis des critiques professionnels, et donc des maisons d’édition. Quelle est véritablement notre place dans ce monde littéraire, quelle est éventuellement l’ambition que nous accordons à notre blog de lecture ? Je crois que tout dépend finalement de ce que l’on veut faire de notre blog, de ce qu’il représente, de ce que nous cherchons. Il me semble que la plupart des blogueurs est dans une position « attentiste », j’entends par là que nous ne provoquons pas forcément la relation avec un auteur ou avec une maison d’édition, et que, bien souvent, ce sont eux qui viennent nous chercher. Lorsque cela arrive, nous sommes généralement très contents, du moins, moi je le suis, mais ce n’est pas forcément ce que je recherchais à l’ouverture de mon blog, pour la simple raison, que jamais, je n’ai pu imaginer qu’un auteur laisserait un commentaire sur mon blog suite un billet sur l’un de ses romans, par exemple. Quand cela est arrivé (peut-être 5 ou 6 fois en presque 3 ans!), ce fut une vraie récompense et une vraie surprise, car mon but n’était pas celui-là, et que ma seule ambition, si ambition il y avait, était avant tout de me faire plaisir, d’écrire sur mes lectures.

Je crois aussi qu’il ne faut pas se leurrer sur notre relation avec les maisons d’édition, il s’agit d’un deal, rien de plus, un nouveau concept marketing, et nos blogs ne sont que des vitrines en plus par rapport aux grands médias. Il peut arriver que nous entretenions parfois des liens plus personnels avec certains responsables des services presse de certaines maisons d’édition, mais nous sommes juste un maillon supplémentaire de la chaîne de promotion. Je peux comprendre le découragement de Noann, mais je crois que notre envie de bloguer et d’écrire sur nos lectures ne doivent pas se limiter aux retours que nous pourrions avoir avec tel ou tel auteur, ou maison d’édition. Comme le dit très bien Gillossen dans son billet paru le 3 décembre sur le site Elbakin (et que Leiloona avait relayé sur Facebook), nous devons garder notre liberté de chroniquer et de ne pas aimer un roman même si celui-ci nous a été envoyé en service presse, c’est notre liberté face à ce deal dont je parlais plus haut, et c’est aussi le risque que prennent les maisons d’édition en nous envoyant leurs romans. C’est pourquoi je pense sincèrement que la critique négative est essentielle car elle marque notre différence face aux critiques souvent trop consensuelles que nous pouvons lire dans la presse, ou entendre à la télé ou à la radio.

Une chose est sûre le travail de « ma » docteure en sociologie sur les blogs de lecture marque sans doute un certain tournant, et révèle aussi que les blogs commencent à poser question, et à intriguer.

J’attends la suite avec impatience, et ne manquerais pas d’en parler ici.

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Vendredi 9 Décembre 2011 : Carnets de lecture…

9h20

J’ai toujours tenu, plus ou moins, un carnet de lecture, mais avec le blog, avec la perceptive des billets à rédiger sur mes lectures, celui-ci m’est devenu indispensable, compagnon inséparable du livre en cours.

En ce début du mois de décembre, mon 6ème carnet de lecture, depuis le début des Livres de George s’achève. Toutes les pages sont noircies au crayon à papier de mon écriture souvent brouillonne, de mes ratures, de mes réflexions, de numéros de page et j’en passe.

Comme je l’avais expliqué ici ou là (qui a deux maisons perd la raison!), je me tiens à un format particulier de carnet, et le 7ème qui s’ouvrira pour ma prochaine lecture, ne dérogera pas à la règle. J’avais fait le plein, mais mon stock est épuisé, et il va me falloir me remettre en quête, voire passer commande.

Ce 6ème carnet s’est ouvert le 5 août 2011, il n’aura vécu que 4 mois. Entre ses pages 41 romans reposent désormais. Plus les carnets se succèdent et plus leur espérance de vie diminue. En janvier, avec le 5ème, il m’aidera à tirer le bilan de mon année de lecture, j’y redécouvrirai toutes mes lectures, toutes mes réflexions, et je me dirai, une fois encore, que le temps passe trop vite.

A gauche, le carnet qui se referme, à droite, celui qui attend d’être ouvert !

Jeudi 8 Décembre 2011 : Passer de l’autre côté de l’écran

19h01

La vie d’une blogueuse-lectrice ne se passe pas que devant son écran ou le nez dans les livres, parfois la blogueuse-lectrice délaisse écran, clavier et livres pour vivre une vie sociale normale, dans la vraie vie.

Depuis que je suis en couple, j’ai souvent déménagé, j’ai donc plus ou moins perdu de vue ces amies que nous nous faisons quand nous sommes au lycée ou à la fac. Nos chemins ont pris des voies différentes, chacune a fait sa vie. Je crois être d’une nature assez solitaire, j’aime la solitude, elle ne m’a jamais pesée. Elle est une amie fidèle. Pourtant, lorsque j’ai ouvert mon premier blog en 2006, ce que je cherchais, je crois, c’est trouver des personnes qui avaient les mêmes centres d’intérêt que moi, mais, je dois avouer, que jamais je n’aurais imaginer ce que les blogs allaient m’apporter.

Il y a donc eu les premières blogueuses rencontrées sur mon blog généraliste, celles qui ont ouvert leur blog à peu près en même temps que le mien. Nous parlions de nos enfants, de nous, nous échangions nos coups de gueule, nous nous connaissions, nous apprécions. Nous étions un peu comme les cinq doigts de la main : Céline, Angélita, Frannso et Virginie. Certaines ne bloguent plus mais sont sur Facebook, d’autres ont continué leur blog, l’ont fait évoluer, tandis que moi je m’orientais vers les blogs de lecture. Comme dans la vie, nous aurions pu cesser nos échanges, mais… ce ne fut pas le cas. Même si nous ne visitons pas quotidiennement le blog ou la page Facebook des unes et des autres, même si nous ne laissons pas forcément de commentaire, nous arrivons toujours à prendre des nouvelles des unes et des autres. Car le lien est là, au-delà de la simple politesse, ou coutume du renvoi d’ascenseur courant sur les blogs.

Or ce matin, j’avais rendez-vous avec l’une d’elle, une des cinq. Car, ce que j’ai omis de préciser est que, à part Fransso, je n’avais pas encore eu l’occasion de rencontrer Calou, Angélita et Virginie. Bien sûr il y eut des tentatives, mais la vie est plus compliquée que sur les blogs, et nous a fait rater de belles occasions. Mais ce matin, les planètes se sont alignées dans le bon axe et j’ai enfin pu rencontrer Virginie.

Ce qui est très étrange, c’est que Calou, Virginie et moi avons un peu le même gabarit : des grandes bringues, et toutes les cinq nous avons, je crois, un certain franc parlé. Est-ce un hasard ? Nous avons sans doute senti que nous nous correspondions et cela à travers nos blogs, car, oui nous imprimons de notre personnalité dans nos blogs, quoiqu’en on dise, et c’est, je crois, cette personnalité qui fait aussi un blog, qui fait, peut-être qu’il est différent des autres.

Je ne vous raconterai pas dans le détail ce que nous nous sommes dit, cela nous regarde, mais la rencontre fut instantanée, sans gêne, sans blancs dans la conversation, nous étions ce que nous laissons paraître sur nos blogs. Inutile de refaire connaissance, nous nous connaissions déjà.

Alors merci Virginie pour ce petit moment magique, cette éclaircie dans le ciel gris et froid de Paris aujourd’hui.


Mercredi 7 Décembre 2011 : début de roman…

9h37

D’où vient que nous commençons un livre plutôt qu’un autre ? d’où vient que nous décidons de l’abandonner, pour en ouvrir un autre ? La question se pose notamment quand, comme moi, nous avons, chez nous, quelques centaines de livres en attente.

En préparant des oraux, je consultais la liste des œuvres étudiées : La Duchesse de Langeais de Balzac, Le ravissement de Lol V. Stein de Duras ou encore La Princesse de Clèves de Mme de Lafayette et Un amour de Swann de Proust. Sur tous ces livres, j’en ai lu deux. Pour les deux autres, l’histoire est un peu différente.

J’étais sûre d’avoir, quelque part La Duchesse de Langeais, acheté lors de la sortie du film avec Guillaume Depardieu, j’avais alors remarqué que je l’avais déjà, il était donc sensé être en double dans ma bibliothèque. Mais au moment de le chercher, impossible de lui mettre la main dessus, l’original, comme son sosie, étaient introuvables. Finalement, j’ai ressorti un vieil exemplaire de L’Histoire des Treize qui comprend La Duchesse de Langeais. Mais seul un problème, concernant la Duchesse, était résolu.

Pour Le ravissement de Lol V. Stein, je l’ai redécouvert, coincé sagement entre La Douleur et Des journées entières dans les arbres, je ne me souvenais plus l’avoir acheté, cela remonte à une bonne quinzaine d’années, sans doute au moment où, finalement, je me suis décidée à aimer Duras.

Et c’est là que je regrette vraiment de ne pas lire plus vite, de n’être pas capable de lire un livre conséquent par jour, de ne pas toujours trouver le temps !

Quand je prépare ces oraux blancs que je fais passer à des élèves de Première, j’aime toujours découvrir leurs listes, le choix des œuvres fait par leur prof, cela me donne envie de relire les classiques, lus il y a quelques années, ou lire ceux que je n’ai encore jamais lus. Mais je me heurte toujours au fameux manque de temps et à ma fameuse lenteur !

Ces oraux me permettent aussi d’avoir l’avis de la jeunesse sur les classiques et j’ai souvent de belles surprises, et de beaux échanges. Je me rends essentiellement dans des lycées privés de Paris, du centre de Paris, des lycées bien classés, s’il en est. Ce sont souvent des élèves brillants (mais pas tous hein, il faut rester objective!!!). Aussi cette semaine, une élève m’a avoué, un peu gênée, qu’elle avait pleuré en finissant le roman Julien Gracq Un balcon en forêt ; un autre m’a dit que ses parents possédaient une très grande bibliothèque dans laquelle il piochait et qui contenait beaucoup de classiques…. Ahhhhh comme je l’ai envié !!! Ces rencontres sont souvent très riches, et il m’est très agréable de parler littérature avec eux. Je constate aussi que, malgré tout, leurs connaissances se limitent souvent aux œuvres étudiées en cours, et qu’ils ont du mal à avoir une perceptive large des mouvements littéraires. Il m’arrive de m’emballer et de parler parfois un peu trop, mais je ressors souvent de ces oraux, fatiguée mais finalement heureuse, car je constate alors que cette amour pour la littérature est bien vivante en moi, et que parler littérature me fait du bien ! Certaines listes sont bien sûr plus intéressantes et novatrices que d’autres, et je soupire souvent quand je tombe sur le sempiternel Candide ou Dom Juan, mais finalement j’ai toujours un peu l’impression de les redécouvrir.

Tout cela pour dire que j’ai très envie de lire La Duchesse de Langeais de Balzac, et que je me suis plongée dans Le Ravissement de Lol V. Stein de Duras…