Mercredi 16 Novembre 2010 : lectures multiples

15h44

Depuis quelques semaines je lis plusieurs livres en même temps, deux, trois, quatre… ce qui me paraissait encore impossible il y a quelques temps commence à devenir une habitude. Chaque livre correspond à un moment de ma journée, voire à un jour avec une initiative lancée il y a un mois ou deux : « Un Jeudi, Un Livre ». J’y prends de plus en plus plaisir, comme des moments successifs qui se complètent finalement pour donner un tout harmonieux ! Ainsi cette semaine je me suis lancée dans 3 livres :

  Un roman reçu grâce à Masse Critique (Babelio), l’histoire d’un professeur d’université qui enquête sur un poète mort il y a quelques années et sur lequel il souhaite écrire une biographie. Bien que je n’ai pas grand chose à reprocher à ce roman, il m’ennuie quelque peu, et je ne parviens pas à m’y sentir vraiment à l’aise, il y a un manque de quelque chose qui m’empêche de l’apprécier véritablement. Aussi il ne m’est pas trop douloureux de le délaisser quelque peu pour aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte.

Devant l’arrivée imminente de la prochaine réunion du CLUB DES LECTRICES, il m’a fallu ouvrir le livre choisi ! Mademoiselle Merquem  [N.B : oups lapsus repéré par Lili Galipette, il s’agit bien de Mademoiselle de Maupin] de Théophile Gautier. Se replonger dans la prose du XIXe siècle n’est pas si évident, et je constate que cela me devient plus ardu au fur et à mesure que je me consacre davantage à la littérature contemporaine. Le style est plus dense, les références beaucoup moins évidentes… mais, les classiques c’est un peu comme la bicyclette : ça revient vite, et d’autant plus vite quand on relit un roman étudié quelques années, voire plusieurs années auparavant. J’ai ressorti mon vieil exemplaire, redécouvrant par là même mon écriture en marge, les phrases (très nombreuses) soulignées, allant toutes plus ou moins dans le même sens : le mythe de Pygmalion, sujet de mon D.E.A à l’aube de l’an 2000, une autre époque. Je remets donc mes pas dans ceux de l’étudiante que j’étais, l’étudiante qui ne lisait que des romans du XIXe ou presque, et qui ne trouvait pas difficile la prose de Gautier. Je refais connaissance avec celle que j’étais et je regrette d’avoir tant perdu de tout ce que j’avais pu apprendre, lire et étudier des heures, et des jours entiers, je lis des notes en marge que je ne comprends presque plus, comme si je souffrais d’une certaine amnésie. Il paraît que la culture c’est ce qui nous reste une fois que l’on a tout oublié….

 Pour me consoler un peu de tout cela, et aussi en vue d’un projet, j’ai commencé hier soir Le Jourde et le Naulleau, Précis de littérature du XXIe siècle. Lecture jubilatoire, hilarante et réconfortante qui a provoqué de grands éclats de rire. Ce n’est pas forcément un livre que l’on lit de la page 1 à la page 280. Le livre se découpe par chapitre chacun consacré à des auteurs contemporains que Jourde et Naulleau épinglent avec brio. J’y trouve ce que je pense de certains auteurs, mais tout cela est dit si intelligemment et avec humour c’est que d’autant plus délectable.

Trois livres donc, mais chacun à sa manière m’apporte, me fait réfléchir, et illustre assez bien la lectrice que je suis !

Dimanche 6 Novembre (suite) : Fulminer

18h14

Je n’écris presque rien depuis des mois et voilà que ce soir je ponds deux billets à la suite… c’est que depuis une heure (mais en fait depuis 3 jours), je bataille avec un roman jeunesse qu’un éditeur m’a envoyé. Pour l’instant je ne citerai pas le titre de cette série (j’en suis au tome 1, aurai-je le courage de lire les deux autres tomes ?). Mais là il faut vraiment que je me lâche parce que c’est insupportable  !

L’histoire en elle-même n’est pas en jeu, mais l’écriture et l’édition sont déplorables. Comment peut-on proposer à de jeunes lecteurs un texte bourré de coquilles, à la ponctuation plus qu’aléatoire et un style si peu travaillé ? J’ai l’impression d’avoir entre les mains des épreuves non corrigées. La ponctuation est une respiration et permet de comprendre un texte, ainsi quand on lit une telle phrase on s’interroge : Alice regardait son enfant, s’amusait et lui enviait ce qu’elle prenait pour de l’innocence. (p.14). Phrase bancale : pourquoi Alice s’amuse-t-elle alors même qu’elle se trouve dans un situation angoissante qui ne l’amuse pas du tout. La phrase ne devrait-elle pas être plutôt : Alice regardait son enfant s’amuser, et lui enviait ce qu’elle prenait pour de l’innocence. En effet l’enfant s’amuse puisqu’il est dit plus haut : Il lâcha la main de sa mère et tout heureux il sautilla le long du trottoir. (p.14) (remarquons que là aussi une ou deux virgules auraient été les bienvenues). On trouve aussi des expressions malmenées comme « sans autre forme de préavis » (p.18) au lieu de « sans autre forme de procès » ou « la vieille dame avait fait les réponses et les questions. » au lieu bien sûr de « les questions et les réponses », car en général on pose les questions avant de donner des réponses ; ou encore « Du retour du marché » (p.20) au lieu de « De retour du marché ». Les codes du dialogue écrit ne sont guère épargnés, avec des guillemets d’ouverture oubliés, ou là encore une ponctuation maladroite qui entraîne un style  problématique : « Maman, m’a demandé de vous apporter votre tisane, madame Hacket dit le jeune garçon le plus poliment possible.« . Si la première virgule est totalement inutile à cette place, on déplore l’absence de virgule après « Hacket ». L’auteur confond lave-vaisselle et lave-linge, car je suis désolée mais quand je lis la phrase suivante : « Il déposa son bol dans la machine à laver » (p.53), j’imagine le jeune Ismaël mettre son bol dans le lave-linge et non dans le lave-vaisselle. Si l’on fait une simple recherche sur google en tapant machine à laver, ce sont des images de lave-linge qui apparaissent et non de lave-vaisselle. Rien ne nous est épargné, je vous dis, même pas un simple accord au pluriel : « L’air pur, la gentillesse des commerçants lui mit (sic) du baume au coeur » !!!!! la gentillesse n’étant pas une autre façon de dire d' »air pur », il s’agit donc bien de deux choses différentes et donc d’un pluriel !

A côté de tout cela, les répétitions de formules sont de la gnognotte, je passerai donc sur la répétition de « C’était étrange » à tout bout de champ, mais ne peux m’empêcher de recopier cette phrase si éloquente du style général : « Elle tourne la tête, s’arrête un moment pour me regarder, elle me regarde » (p.89) : certes, si on s’arrête pour regarder c’est sûr que l’on doit regarder, CQFD !

Le problème, voyez-vous, c’est que quand un style est faible et que l’éditeur ne sait pas éditer, on aboutit à un livre désespérant ! D’autant que la composition, la structure même de l’histoire, présente [oui au singulier car je dis finalement  deux fois la même chose mais de façon différente] quelques défauts qu’il aurait fallu corriger.

Bref, je fulmine !

Dimanche 6 Novembre 2011 : Prendre de la hauteur !

14h04

Après une fin de semaine migraineuse, j’ai entamé un week-end plein d’élan et d’énergie. Et il me fallait bien cela pour retrouver mes marques après dix jours d’absence sur les blogs.

Aujourd’hui j’ai envie de faire un peu le point sur ce journal.

Ce journal a donc été créé en décembre dernier et va bientôt fêter sa première année d’existence. Je pourrais attendre le mois prochain pour faire un petit bilan, mais j’ai envie d’en parler aujourd’hui, donc j’en parle. L’objectif de ce journal est de rendre compte de la vie à la fois d’une lectrice et d’une blogueuse, voire des deux à la fois : interrogations donc sur le fonctionnement des blogs, sur les lectures sur, comme je le disais à sa création, les dessous d’un blog de lecture. Mais, je me rends compte ces derniers temps, alors que je publie ici moins souvent qu’à mon tour, que ce petit blog prend une direction un peu différente et que je le laisse faire. Un an, c’est peu et c’est aussi beaucoup, et le risque est bien sûr d’être répétitif.


Ces derniers temps, j’ai donc fait des billets qui s’orientaient davantage sur des thèmes liés à la lecture ou au blog, et moins sur le compte-rendu d’une journée, d’où des billets publiés de façon espacée. La tournure du blog s’est faite un peu d’elle-même et je constate que cela me convient. Je viens ici pour écrire finalement plus librement et pas forcément à partir d’une lecture, mais plus généralement autour de la littérature et du blog. L’envie d’écrire est premier, puis l’envie d’évoquer tel ou tel point. Je constate, que souvent, je laisse le titre en attente, en attente de l’écriture du billet, car souvent je ne sais pas vraiment ce que je vais écrire, mais j’écris, les mots viennent et le sujet se précise. Le blog de lecture est lié aux livres lus, ici je recherche autre chose, une écriture plus large sur la littérature, ma pratique du blog. C’est une fenêtre ouverte sur mes interrogations personnelles. Ce que j’aime sur ce blog ce sont aussi les commentaires qu’il suscite. En effet, les commentaires postés ici semblent souvent plus libres et aussi plus personnels, et sont souvent passionnants, plus riches que ceux laissés sur le blog de lecture. J’aime aussi son côté confidentiel. Car contrairement au blog de lecture, ce blog est peu fréquenté avec une moyenne de 50 visiteurs uniques, ce qui est bien moins que mon blog principal qui compte dix fois plus de visiteurs uniques en moyenne. J’aime cela, ce comité réduit, cette intimité
. Je m’y sens moins exposée, plus face à moi-même, et ça fait du bien. Chacun de mes blogs m’apporte un plaisir particulier et je suis convaincue que les deux me sont nécessaires et se complètent mais ne peuvent se mêler et doivent rester indépendants (enfin plus ou moins, puisque l’un dépend de l’autre malgré tout!).

Cependant, je reste encore un peu insatisfaite, n’ayant pas réellement trouvé la formule que je recherche vraiment, mais ayant un mal fou à la définir. Ma recherche n’a donc pas encore abouti, mais je laisse faire, je me dis qu’avec le temps les choses vont se mettre en place d’elles-mêmes, que je vais abandonner des sujets qui ne m’inspireront plus, pour en trouver d’autres, et, de fil en aiguille, peut-être parviendrai-je au journal tel que je le souhaite. Il faut que les choses murissent d’elles-mêmes et se digèrent, et sans doute un an est-il encore trop peu pour cela.

Mais ce qui m’importe surtout avec ce blog est d’avoir la possibilité de prendre du recul et notamment du recul par rapport à ma pratique du blog. Avec ce journal, je prends de la distance et je regarde le blog et la blogo sous un autre angle, je change de point de vue, je sors la tête de l’eau et j’essaie de réfléchir, et pour moi c’est essentiel, relever la tête du guidon pour garder un esprit critique, prendre de la hauteur. Car mon sens critique s’il s’exerce la plupart du temps sur les livres des autres, ne doit pas m’épargner… c’est donc sans doute vers cela que je tends de plus en plus, un regard distancié sur ma façon de lire et de bloguer…

à Suivre…

[Illustration : 1. Femme à la fenêtre (1822), Carl Caspar Friedrich ; 2. Femme au soleil couchant vers 1818-1820, du même]

Jeudi 3 Novembre 2011 : Lecture Nocturne

18h37

Depuis quelques jours, je me réveille systématiquement à 4h30 du matin, et impossible de me rendormir. Je me sens en pleine forme, prête à commencer la journée, mais 4h30 du matin c’est quand même un peu tôt. Alors j’allume la lumière et je lis. Expérience nouvelle pour moi que cette lecture nocturne qui m’a rappelé des souvenirs anciens.

Quand j’étais enfant, une amie de mes parents m’avait surprise sous ma couette en train lire à la lampe électrique : prise en faute de lecture trop tardive. Je lisais aussi, prudente, l’été à la lumière du jour naissant, évitant ainsi d’allumer la lampe de chevet qui risquait de me dénoncer. Ces deux expériences m’ont donc laissé croire que la lecture ne pouvait se faire qu’entre certains créneaux horaires très précis. Mais à l’intérieur de ces créneaux horaires (pas trop tard le soir et pas trop tôt le matin) vient s’en greffer d’autres : les heures de repas, car, c’est bien connu, on ne lit pas à table.

C’est pourquoi quand, avant hier j’ai finalement allumé ma lampe de chevet à 4h30 du matin, que j’ai chaussé mes lunettes et attrapé mon livre, j’avais l’impression d’accomplir un acte répréhensible, de braver l’interdit. Inconsciemment, j’ai trouvé mes craintes de petite fille, la peur d’être découverte par mes parents qui, en poussant la porte de ma chambre, risquaient de m’intimer l’ordre d’éteindre tout de suite et de dormir. A cette crainte inconsciente, s’est mêlé le délice de lire en secret, de profiter d’un plaisir interdit.

Qui n’a pas connu cette interdiction déplacée, car l’interdiction touche non la lecture, mais le manque de sommeil, connait-il vraiment le plaisir de la lecture ? La frustration éveille l’appétit, le désir et rien de telle que l’interdiction pour donner envie.