Mardi 22 Mars 2011 : La Transparence au Théâtre du Rond-Point

14h54

Hier soir, j’ai assisté à un débat très intéressant au théâtre du Rond-Point. Le thème : « Halte à la transparence!« . Comme l’a très bien expliqué Jean-Michel Ribes, il s’agissait là d’un titre polémique pour engager le débat. Les invités étaient les suivants : François Hollande, député socialiste ; Philippe Caubère, comédien ; Sylvie Kauffmann, journaliste au Monde ; Myriam Revault d’Allonnes, philosophe et Nathalie Rykiel, créatrice. Le débat était animé par Jean-Michel Ribes et Fabienne Pascaud de Télérama.

Les thèmes mis en débat étaient les suivants :

« Jusqu’au faut-il aller dans le dévoilement des choses, des êtres, des évènements ? Tout révéler fait-il avancer la démocratie, l’art, la morale ? Et si à l’heure de Wikileaks, l’absolue transparence se révélait parfois dangereuse : politiquement, artistiquement, éthiquement ? »

En citant Aragon et son « mentir vrai », Jean-Michel Ribes a donc posé le débat : il s’agit finalement de se situer entre le mensonge et la vérité, et où se situe le mensonge, ou l’omission et jusqu’où peut-on aller dans la révélation? Madame Revault d’Allonnes a rappelé que le souci de transparence remonte à la philosophie des Lumières. Pour que le peuple puisse juger, il faut qu’il soit informé. C’est également à cette époque qu’a été thématisée la notion d’espace public. Mais qui dit transparence ne dit pas dévoilement. François Hollande s’est alors demandé : « qu’est-ce que l’on doit montrer, qu’est-ce que l’on ne doit pas montrer ? », insistant sur le fait, que la sphère privée doit être préservée.

Il a été également question de la polémique concernant Alexandre Jardin et son roman Des gens bien. Cet entretien était très intéressant parce que l’auteur revendique la nécessité de dire la vérité, que celle-ci est signe de vitalité, même si elle fait mal, et que le problème ce n’est pas la vérité mais le mensonge.

Alexandre Jardin pose donc ici le problème de dire, dans un document qui sera rendu public, des éléments de la vie privée, mais des éléments choisis dans un but précis qui est la révélation des mensonges. Philippe Caubère est allé dans le même sens, lui qui a créé une très longue pièce sur sa jeunesse et ses années passées au Théâtre du Soleil avec Arianne Mouchkine. Pour lui, nommer les personnages de sa pièce par leur vrai nom était la seule solution pour exorciser, tenter de comprendre le mal être qu’il a résumé à : « ne plus appartenir au théâtre du Soleil ». Cela a finalement abouti à la conclusion que l’artiste, dans son art, puise dans ce qu’il est, ressent, pour le mettre au service de son art, non pour déballer sa vie, mais pour tenter de comprendre son existence. Rendre public ces éléments, c’est donc offrir, au public, la possibilité de se comprendre lui-même. C’est finalement cela que dit aussi George Sand, par exemple, dans l’ouverture de son autobiographie:

« Je ne pense pas qu’il y ait de l’orgueil et de l’impertinence à écrire l’histoire de sa propre vie, encore moins à choisir, dans les souvenirs que cette vie a laissés en nous, ceux qui nous paraissent valoir la peine d’être conservés. Pour ma part, je crois accomplir un devoir, assez pénible même, car je ne connais rien de plus malaisé que de se définir et de résumer sa personne. […] Je me suis toujours promis de ne pas mourir sans avoir fait ce que j’ai toujours conseillé aux autres de faire pour eux-mêmes : une étude sincère de ma propre nature et un examen attentif de ma propre existence. » Histoire de ma vie, Chapitre 1.

Comme l’a magistralement démontré François Hollande, il ne s’agit par de détenir LA vérité (car c’est créer alors un rapport totalitaire avec l’autre) mais juste de dire la vérité en toute honnêteté et conscience.



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